Bonjour,
Question complexe de par la complexité du terme de culture.
La culture peut être un savoir partagé, un espace de demande et de don d'art ou autre, quelqu'il soit. La notion allemande nous renvoie davantage à l'idée d'un savoir commun, voire, d'une identité commune.
Il va de soi, de fait, que le troisième terme dialectique s'impose : ce que nous savons, nous constitue. Un savoir qui constituerait une identité, même floue.
Au-delà de la notion de dérives que l'idée de ce que doit être ou est la culture, implique (toute société dictatoriale ne cessant de prendre garde à ce que ce domaine précis soit entièrement sous contrôle), je crois qu'il s'agit, non pas d'un domaine en tant que tel, mais d'un topos, d'ailleurs très difficilement définissable.
Culture officielle, culture underground, culture de masse ?
La notion d'information est-elle ce qui pourrait faire le lien entre ces différentes cultures ? Culture comme savoir ? Culture comme création ? Culture comme lieux : musée, opéra, théâtre, ...?
Sans originalité, je dirais que la culture est cet espace de rencontres avec l'autre, d'apprentissage et de création. Espace où l'on se cultive soi, au sens de l'herboriste. Se faire pousser, grandir.
Quant à la deuxième question, je dirais relativement grande. Mais avec cette difficulté d'un avortement progressif de l'efficacité du rôle des expositions, etc..
La culture serait partout à qui sait la voir. Or, on sait très peu la voir, se mettre en position de réception.
Le problème n'est pas à mon sens l'absence de culture ou d'évènements culturels - je parle ici de la France et de Paris précisément- mais de l'absence d'effort de ceux qui vont y voir. La culture devrait être une facilité, un acquis.
Il me semble que le problème fondamental est celui-ci : la démocratisation de la culture - et c'est tant mieux et c'est nécessaire - n'est pas allée de pair avec une éducation à voir.
Je n'ai pas la recette pour bien voir, mais je suis désolée d'observer que l'on regarde une oeuvre d'art avec comme critère de jugement sa joliesse, sa facilité d'accès et sa définition simple, ou pas.
Je crois aussi qu'une des raisons qui font que l'art est relégué à cette place de nécessité secondaire ou de sortie du dimanche, vient du fait que notre société n'est plus intéressée, en tout cas officiellement, par ce qui est du domaine de la création. Art non élitiste mais qui de fait, n'a de légitimité ou de conséquence que dans un certain cadre sociologique précis qui est celui des personnes éduquées, voire très éduquées. La topographie actuelle qui veut que l'élévation se fasse par l'argent et non par le savoir engendre ce cloisonnement du savoir artisitique.
L'exemple le plus cinglant étant ces collectionneurs d'art qui achètent des toiles d'artistes contemporains afin d'obtenir des déductions d'impôt.
De même, pour la culture dite de masse. Elle-même est stratifiée, codifiée selon des critères sociologiques. Non pas nécessairement par les médias, mais par les groupes sociaux eux-mêmes. Un jeune homme vivant dans le centre de Paris ira naturellement à l'Opéra ; un jeune homme vivant en banlieue, aura plus de difficultés, considérant cet endroit comme bourgeois. Je ne schématise pas ; mais, malgré les grandes tentatives d'ouverture de l'Opéra de Paris, les conclusions sont plutôt déprimantes. Je crois à un mouvement double : ouverture que les insitutions ou lieux officiels de culture veulent proposer et repli sociétal vis-à-vis des communautés, des groupes sociaux, etc...
Culture artistique contre culture identitaire et latente, en fait. Une crise interne à la culture et à ses complexités. Là où c'est dramatique, c'est qu'elles sont en opposition. L'une étant décrétée ennemi de l'autre.
Puisque nous sommes dans société de (fausse) culture de facilité et de superficialité, on ne tente pas d'aller voir plus loin. On n'essaie pas de connaître.
Paradoxalement, les plus rebelles face à cet état de fait, ceux qui demandent que l'on continue les tentatives d'enseignement et d'ouverture sont des personnes aisées et qui portent en elles la soif de la connaissance pour soi et pour l'autre ; altruistes en somme.
Ainsi, la place qu'occupe la culture dans notre société est une place -vue de loin, et je répète qu'on méconnaît le bouillonnement culturel actuel - symbolique, et qui dit symbole, dit vidé de sa substance. Une sorte de patrimoine auquel on ne touche pas, dans tous les sens du terme. Un ailleurs tout à proximité mais qui paraît déjà trop loin.
Internet, certaines télévisions publiques (je pense à ARTE notamment), le grand nombre de cinémas sur le territoire, les scènes de festival, etc... sont pourtant le signe d'une facilité d'accès immense.
Pour finir, je dirais que penser fait un peu peur, et que ceux qui pensent - à force d'être de moins en moins nombreux et à force de parler dans un groupe de personnes quasi similaires - finissent pas oublier ce qu'est le doute et la remise
Sources :
en cause de soi.
Restent - et bien heureusement, c'est pour le moment encore un acquis dans ce vieux pays de France - les garde-fous et les défenseurs ad vitam aeternam du goût d'apprendre.
Merci infiniment pour cette question.
Je me permets de m'excuser quant à l'approximation de ma réponse.
Je dirais comme excuse qu'il se fait, ici, encore très tôt.
Très bonne journée.