Alliez-vous vous indigner?

C'est un petit livre qui ne paie pas de mine, mais écrit par un grand jeune homme de quatre-vingt-treize printemps. Je dis printemps, car c'est la saison de la jeunesse et de l'espérance. La sienne, elle a basculé dans le courant du vingtième siècle, avec la guerre et l’oppression nazie, dans un... afficher plus C'est un petit livre qui ne paie pas de mine, mais écrit par un grand jeune homme de quatre-vingt-treize printemps.

Je dis printemps, car c'est la saison de la jeunesse et de l'espérance.

La sienne, elle a basculé dans le courant du vingtième siècle, avec la guerre et l’oppression nazie, dans un pays que les nantis de l’époque enfonçaient dans la collaboration avec l’ennemi, la compromission, la délation, livrant juifs, tziganes, communistes et résistants de toutes opinions à la solution finale concoctée à Berlin.

Lui, né à Berlin d’un père juif et d’une mère peintre et écrivaine, déjà, avec d’autres, justes parmi les justes, se leva, indigné, et fit ce que sa conscience lui dictait.

Arrêté en 1944, il a connu l’enfer des camps de concentration, après celui de la torture. Menacé de pendaison, il ne doit sa vie qu'à l'échange d'identité avec un Français mort du typhus, dans le camp de Buchenwald.

Il n’a jamais cessé depuis. Participant à la rédaction de la déclaration universelle des droits de l’homme. Il est ensuite ambassadeur de France auprès des Nations Unies.

Il prend la défense des Palestiniens de Gaza, des Rom menacés d'expulsion après le discours de la honte, prononcé par Nicolas Sarkozy pendant l'été 2010. On le trouve aux côtés des sans-papiers, poursuivi devant la justice de ce pays qui ne sait plus ce qu’il fait pour avoir pris leur défense. Il est encore aux côtés des sans domicile fixe.

Il est donc de tous les combats, de toutes les résistances joyeuses et pacifiques, de toutes les insurrections dictées par la conscience.

Il écrit, de la poésie d’abord, « Indignez-vous » ensuite, petite plaquette, publiée par les éditions Indigènes.

Mon libraire préféré n’en avait que quelques exemplaires. J’en achetais un, le lisais, et le rangeais dans ma bibliothèque. Non que le texte n’ait pas soulevé mon enthousiasme, mais je n’imaginais pas qu’il puisse avoir plus d’audience qu’auprès d’une poignée de convaincu, artistes d’une vie méprisés dans un monde qui ne connaît plus que le chiffre.

A la surprise générale, les ventes décollent. Il faut rapidement organiser des réimpressions, sans que cesse le mouvement. Plus de cinq cent mille ouvrages vendus !

Alors, je suis revenu sur ma lecture, intrigué d’une telle envolée. Je me suis interrogé : qu’est-ce qui fait qu’un tel ouvrage, aussi brutalement, rencontre une telle quantité de lecteurs, sans même le soutien médiatique dont quantité d’autres peuvent se prévaloir ?

Ce livre est la preuve, s’il en fallait une, que ce qui manque, en ces derniers jours de la décennie d’un vingt et unième siècle bien mal embringué, ce sont des paroles d’humanité, de compréhension et d’indignation.
Mise à jour: http://www.e-litterature.net/publier2/spip/spip.php?article1094
Mettre à jour 2: @royeri
veux-tu nous éclairer un peu plus!?
Mettre à jour 3: Edit: Non, Stéphane Hessel n'a pas touché d'à-valoir. Oui, il a renoncé à ses droits d'auteur. En tout cas pour l'instant : vu l'ampleur du phénomène, les éditeurs doivent lui reparler en janvier. Quand la barre des 300 000 exemplaires a été franchie, il avait suggéré à ses éditeurs qu'on fasse don de sa part au... afficher plus Edit: Non, Stéphane Hessel n'a pas touché d'à-valoir. Oui, il a renoncé à ses droits d'auteur. En tout cas pour l'instant : vu l'ampleur du phénomène, les éditeurs doivent lui reparler en janvier.

Quand la barre des 300 000 exemplaires a été franchie, il avait suggéré à ses éditeurs qu'on fasse don de sa part au tribunal Russell, dont il est l'un des parrains.
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