Emere♂ question posée dans Arts et sciences humainesPhilosophie · Il y a 1 mois

Est-il important de bien choisir les mots qu'on emploie?

"Si, pour exprimer un certain concept, il ne se trouve, en quelque sorte, qu'un seul mot* qui, dans son acception déjà reçue, soit exactement adéquat à ce concept qu'il est très important de distinguer d'autres concepts analogues, il est prudent de ne pas en être prodigue et de ne pas l'employer simplement pour varier ses expressions, comme synonyme à la place d'autres termes**, mais de lui conserver soigneusement sa signification particulière ; car autrement, il arrive facilement, du fait que l'expression, au lieu d'occuper spécialement l'attention, se perd dans une foule d'autres sens très différents, que se perde aussi la pensée que seule l'expression aurait pu conserver."

Kant, Critique de la raison pure.

* Le mot "critique" par exemple.

** Le terme "analyse" par exemple.

8 réponses

Évaluation
  • Il y a 1 mois
    Réponse préférée

    Paradoxalement c'est important en rhétorique, cela l'est moins du point de vue didactique ou dialectique. Si vous parasitez un signifiant et un signifié ou si vous préférez un signe verbal avec son référent vous pourrez vous en servir à des fins idéologiques, stigmatisantes, puis politique pour mobiliser un ensemble de ressources. De même qu'il y a une langue pour les verbomanies de la république il existe aussi un jargonage de dominant pour les dominants et qui fait partie du corpus de ce que Bourdieu appelait le capital culturel. À titre d'exemple le corpus extrêmement limité d'expressions, d'acceptions, de codifications excessives font subir à la pensée, la restriction obligée de son vocabulaire. Vous en comprendrez sans difficulté la finalité, les questions que posent les magistrats (tous les magistrats, mais essentiellement les juges) conditionnent tous les éléments de réponses dont elles sont censés s'enquérir. C'est pour ce faire qu'il est conseillé de prendre quelqu'un rompu aux règles distendues de la joute judiciaire pour vous défendre (en général avocat mais pas que...).

    Maintenant c'est complètement différent du point de vue académique ou universitaire et cela pour une raison simple à comprendre et qui ne tient pas de la fioriture. Un processus locutoire et communicationnel engageant vitalement un public techniciste souverain doit rester à l'oeuvre pour agir comme autant de sténographies intellectuelles afin de se téléporter à la frontière technique et ne pas s’embarrasser de lourdeurs pré-conceptuelles. Si par exemple je parle d'"axiomachie" je m'adresse déjà à un public ayant des acquisitions conceptuelles dans le registre des valeurs et notamment dans son rapport avec les travaux de Lordon. De même que si j'emploie le terme d'épistémè veridictionnelle de la sémiologie de Port Royal j'évite l'écueil Descartes pour me téléporter directement aux travaux de Foucault et plus particulièrement ceux qui portent sur : Les mots et les Choses. Cependant je peux tout aussi bien évoquer le "passim" de Ggorgio Agamben pour renvoyer à l'idée d'une interprétation à un milieu déterminé qui marque ou excède un signe, un concept (une signature pour faire plus simple) sans pour autant sortir de la dimension sémiotique et constituer une nouvelle signification ou un nouveau concept. Ce qui en dernière instance invalide partiellement l'extrait que vous avez choisi, et ceci d'autant plus qu'il ne faut en aucun cas minorer la dimension strictement littéraire (ce que nous apprenait à merveille par exemple la déconstruction de Derrida comme la théorie des images dialectiques de Benjamin).

    Nous l'avons vu la science est essentiellement autoréférentielle et les intellectuels parlent aux intellectuels mais si l'on analyse la trajectoire historique des instanciations successives des signifiants on s'aperçoit qu'ils sont toujours, toujours, (toujours) polysémiques. Donc, il est impensable d'en conserver l'expression au titre d'une représentation sociale et didactique universelle. Par exemple dans l'excellent travail de recherche que fournit Rémy de Gourmont au sujet de l'Esthétique de la Langue Française nous rappelle toute la complexité de ces mêmes instanciations sémiologiques. Voici un exemple de ce qu'il nous en dit : 

    "Certains écrivains, amateurs d'étymologies, sont très fiers quand ils font rétrograder un mot français vers la signification stricte qu'il avait en latin : c'est un plaisir dangereux dont on abusa au XVIe siècle. Des mots tels que "montre", "règle, ne possèdent d'autre sens que ceux que leur donne la phrase où ils figurent ; "cahier", voulant dire un assemblage de quatre choses, n'est représentatif d'un objet déterminé que parce que nous ignorons son origine ; le mot d'où il est né, "quaternus", a reparu en français sous la forme médiocre de "quaterne". M. Darmesteter a analysé dans sa "Vie des Mots" douze signification du mot "timbre", qui vient de "tympanum" [...] Les trois mots "poêle" du français viennent de trois mots latins différents, "pallium", "patella" et "pensilem". Les trois mots "grâce" (pitié, don, beauté) représentent le szeul mot "gratia". On compterai en français environ quinze cents mots dont le son se retrouve, avec des variantes orthographiques, dans un ou plusieurs autres mots. Le même son a quelque fois jusqu'à huit ou dix sens différents, de sorte qu'avec quinze cents sons la langue a fait au moins six mille mots."

  • Il y a 1 mois

    Sauf que la question de @J'y vais dans les Ardennes était, je pense, plus futée. En refusant le terme "critique" ça invalide la démonstration kantienne. Kant s'est amplement justifié du choix de ses termes pour expliciter sa démarche. En refusant le terme, c'est donc toute la démarche kantienne qui se retrouve mise en butée. C'est certes cavalier. J'aimerais bien savoir comment lui-même justifie le fait qu'il nie à Kant la possibilité d'utiliser le terme "critique" en respectant la définition que Kant donne lui-même, c'est à dire, en démontrant que Kant s'est trompé dans ses choix. Mais! C'est tout de même intéressant. 

    Pour répondre à votre question, un concept est souvent polysémique. Au lieu de choisir un terme que personne ne comprend (du genre propédeutique), je préfère utiliser le terme générique de "démarche cognitive". Mais bon! Je n'oblige personne à faire pareil. 🙂

  • Niezky
    Lv 6
    Il y a 1 mois

    Le choix des mots, le choc de l'impact sur les neurones...Le langage en générale n'est qu'une vision du monde élaborée dans notre subjectivité.En français , un miracle conceptuel s'est produit , c'est l'invention de mots bouche trous tels que truc , machin, schmilblick  , pour palier à un trou mnésique ou un manque étymologique "d'en cas". Le miracle , c'est que tout le monde comprend  suivant la représentation personnelle du mot .Les mal-entendus étymologiques  créateurs de guerres , de divorces , de séparations etc....n'ont par servi de leçon puisque beaucoup de tête à tête se transforment en pugilats si ce n'est en guerres ... L'essentiel est d'éviter un langage sophistiqué si on veut se faire comprendre .

  • Il y a 1 mois

    C'est en cela que la possession correcte de la langue française est nécessaire. Hélas, au vu des résultats catastrophiques de l'Etude PISA,....

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  • Il y a 1 mois

    Oui, et la plupart du temps, je m'y emploie avec précaution et attention.

    Et, pour dire vraiment ma pensée exacte à ce moment...

    je me dis " mais de quel monde cette personne est-elle sortie pour parler de la sorte" ? 

    C'est toujours comme ça les philosophes ? ^^^^

    OH purée !! Et je mesure mes mots......... Je ne pensais pas avoir un PEH ^^^^

  • Anonyme
    Il y a 1 mois

    Indispensable et permettez une adresse personnelle....

     .L'anonyme que je suis ne méritait pas votre mépris . Méfiez vous des mots ils ont une charge insoupçonnée et personnelle  .Kant méditait en solitude  ce n'est pas le cas  du questionnement d'un monde en devenir?

    Comme l'avouait Foucault :

    Dans un entretien accordé à un magazine allemand et publié en décembre 1977, il est sollicité de répondre sur la question de savoir si ses œuvres ne tracent pas une histoire des perdants. Il répond promptement : ** Oui, j’aimerais beaucoup écrire l’histoire des vaincus. […] Mais il y a deux difficultés. Premièrement, ceux qui ont été vaincus – dans le cas, d’ailleurs, où il y a des vaincus – sont ceux à qui par définition on a retiré la parole ! Et si, cependant, ils parlaient, ils ne parleraient pas leur propre langue. On leur a imposé une langue étrangère. […] Mais je voudrais poser cette autre question : peut-on décrire l’histoire comme un processus de guerre ? Comme une succession de victoires et de défaites ? C’est un problème important dont le marxisme n’est toujours pas venu complètement à bout. Quand on parle de lutte des classes, qu’entend-on par lutte ? Est-ce qu’il est question de guerre, de bataille ? Peut-on décoder la confrontation, l’oppression qui se produisent à l’intérieur d’une société et qui la caractérisent, peut-on déchiffrer cette confrontation, cette lutte comme une sorte de guerre ? Les processus de domination ne sont-ils pas plus complexes, plus compliqués que la guerre ?**

    @@EN résumé pour Yamaela le criticisme de Kant (qui n'est après tout qu'une méthode de pensée) échoue en France parce que la parole y  est bouclée, bloquée à l'image de cette rubrique  .

    Et pour Elisabeth c'est pas un poucenhaut que je mets c'est 10 .

  • Il y a 1 mois

    Elle est très longue cette phrase.

  • Il y a 1 mois

    Oui? il faut savoir distinguer un crétin d'un p'ove con, un l'imbécile d'un abruti ou d'un taré ... ne pas surcharger la mule, le plus souvent un concept suffit...

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